La Belgique est championne d’Europe du recyclage des emballages plastiques et des matériaux de construction
"Une réglementation rigoureuse en matière de recyclage chimique hypothèque l'avenir du secteur des plastiques"

Championne d’Europe du recyclage du plastique, la Belgique affiche des résultats en forte progression, avec des volumes presque doublés en dix ans, selon le dernier rapport de Plastics Europe. Pour la fédération belge essenscia PolyMatters, cette performance ne doit toutefois pas masquer d’autres réalités: la transformation des plastiques dans notre pays a reculé d’environ 10 % depuis 2022 et, sans soutien politique aux technologies de recyclage chimique, la Belgique pourrait voir s’éroder à la fois son leadership en recyclage et son rôle stratégique de hub de production de polymères.
Bien plus que la moyenne européenne
En Belgique, 61 % de tous les emballages plastiques sont recyclés. Il s’agit du taux le plus élevé d’Europe, nettement supérieur à la moyenne européenne de 40,5 %. La Belgique est également championne européenne pour le recyclage des matériaux plastiques issus du secteur de la construction, avec un taux de 29 %, contre une moyenne européenne de 18,6 %.
Avec un taux global de recyclage de 41 % pour l’ensemble des déchets plastiques – y compris issus de secteurs comme l’agriculture, l’automobile, l’électronique et les biens de consommation – la Belgique se classe deuxième en Europe, derrière l’Espagne. Une nuance importante s’impose toutefois : en Espagne, plus d’un tiers des déchets plastiques (35 %) est mis en décharge, contre à peine 2 % en Belgique. En moyenne en Europe, seuls 29,6 % des déchets plastiques sont recyclés, tandis que 21,5 % finissent encore en décharge.
Plus de recyclage, moins de production
La Belgique conserve une position très stratégique au sein du secteur européen des plastiques. Notre pays est le deuxième producteur de polymères après l’Allemagne, avec une part de 13 % de la production européenne. Pour les plastiques biosourcés, la Belgique se classe quatrième, derrière l’Allemagne, l’Italie et la France.
Dans la transformation des plastiques, la Belgique se situe au septième rang européen, avec une forte spécialisation dans les emballages (43 % du volume total) et les matériaux de construction (24 %). Cependant, la Belgique et l'Europe perdent rapidement des parts de marché.
Entre 2022 et 2024, la transformation des plastiques en Belgique a chuté de 9,5 %, soit une baisse nettement plus marquée que la moyenne européenne de 3,1 %. Les coûts énergétiques élevés et la forte hausse des prix des matières premières affaiblissent la compétitivité.
Cette évolution se traduit également par une baisse de l’emploi : au cours des deux dernières années, 1 282 emplois ont été perdus dans le secteur belge des plastiques, soit une diminution de plus de 6 % sur un total d’un peu moins de 20 000 emplois.
Cette perte de compétitivité se reflète aussi au niveau mondial. Alors que la production mondiale de plastiques augmente, la part de marché de l’Europe a fortement diminué entre 2006 et 2024, passant de 22 % à 12 %. À l’inverse, la Chine est passée de 21 % à 35 % sur la même période. Plus de la moitié de la production mondiale de polymères est aujourd’hui réalisée en Chine et dans le reste de l’Asie.
Recyclage chimique : une avancée politique nécessaire pour rester champion du recyclage
Une évolution positive est la forte augmentation de l’utilisation de plastiques recyclés dans la transformation en Belgique. Cette part a presque doublé depuis 2018, passant de 6,5 % à 12,2 %. Le recyclat est particulièrement utilisé dans l’agriculture (31,6 %) et la construction (21,2 %), même si la Belgique reste légèrement en dessous de la moyenne européenne de 15,1 %.
Pour augmenter encore les taux de recyclage et réduire l’utilisation de matières premières fossiles, le recyclage chimique peut constituer un véritable levier. Cette technologie est complémentaire au recyclage mécanique et permet d’obtenir des matières premières très pures, comparables à une qualité « vierge » d’origine pétrochimique.
Le recyclage chimique est donc un maillon essentiel d’une économie circulaire des plastiques, permettant de réutiliser les matériaux en fin de vie dans des applications à haute valeur ajoutée, telles que les emballages alimentaires ou les dispositifs médicaux. Cependant, le cadre réglementaire actuel en Belgique et en Europe freine les investissements dans ces technologies.
Saskia Walraedt, directrice d’essenscia PolyMatters :« La Belgique reste un champion du recyclage des plastiques, notamment pour les emballages et les matériaux de construction. Mais la compétitivité du secteur est fortement sous pression. Nous produisons et exportons moins de polymères et de produits plastiques, et nous perdons également des emplois. En outre, nous risquons de perdre notre position de leader européen du recyclage et de hub de production de polymères si aucune avancée politique ne permet de stimuler le développement du recyclage chimique en Belgique. Une réglementation trop rigide, et même d’éventuelles taxes, risquent de compromettre notre avance et de transférer le potentiel de recyclage vers d’autres pays et régions. »
Télécharger l'étude "L'économie circulaire pour les plastiques" (en anglais)